Pourquoi l’équipe est le catalyseur — mais la ville est la véritable bénéficiaire

Lorsque l’on débat du retour des Expos à Montréal, la discussion se fige trop souvent dans la nostalgie, les chiffres d’assistance ou la question de savoir si le baseball « compte encore ». Ce cadrage passe à côté de l’essentiel.

La vraie question n’est pas de savoir si une équipe de baseball peut réussir à Montréal.
La vraie question est de comprendre ce que représenterait, pour la ville, son économie et sa compétitivité à long terme, un stade financé par le privé intégré à un projet civique 4C d’envergure — avec ou sans baseball.

Car ici, l’équipe n’est pas la finalité.
Elle est le catalyseur.

Ce qui suit est une analyse prudente et réaliste de l’impact économique, de la création d’emplois et de la transformation urbaine qu’un projet de cette nature pourrait générer.


1. Création d’emplois : construction, exploitation et effet multiplicateur civique

Phase de construction (4 à 6 ans)

Les grands projets de stades et de quartiers mixtes génèrent une activité économique importante bien avant le premier lancer.

  • 16 000 à 25 000 emplois durant la construction
  • Métiers spécialisés, ingénierie, architecture, gestion de projet, matériaux, logistique
  • Retombées significatives pour les chaînes d’approvisionnement locales

Ces chiffres ne sont pas théoriques. Des projets comparables en Amérique du Nord affichent systématiquement des niveaux d’emploi similaires, surtout lorsque le développement est phasé et polyvalent.


Emplois permanents (après mise en service)

Une fois le site opérationnel, l’effet combiné :

  • de l’équipe
  • du stade
  • du quartier 4C (composantes commerciales, culturelles et communautaires)

entraîne la création de :

  • 7 000 à 11 000 emplois permanents

Cela inclut :

  • le personnel de l’équipe et du stade
  • l’hôtellerie et le tourisme
  • la restauration et le commerce de détail
  • l’exploitation immobilière et la sécurité
  • la programmation culturelle et événementielle

Il s’agit d’emplois à l’année, et non saisonniers.


2. Activité économique annuelle : récurrente, pas ponctuelle

Un stade moderne intégré à un quartier mixte ne génère pas des retombées uniquement les jours de match.

Selon des projections conservatrices :

  • 800 millions à 1,2 milliard de dollars d’activité économique annuelle récurrente

Cela comprend :

  • les dépenses directes (billets, concessions, événements)
  • les dépenses indirectes (hôtels, restaurants, transport)
  • les effets induits (salaires dépensés localement)

Sur un horizon de 15 à 20 ans, cela représente :

  • 15 à 25 milliards de dollars et plus en retombées cumulées

C’est pourquoi les villes qui réussissent ce type de projet cessent rapidement de se demander si l’équipe « se finance elle-même ».
C’est le quartier qui le fait.


3. Revenus publics : sans financement public

Un aspect souvent mal compris concerne le rôle de l’État.

Dans le modèle envisagé :

  • aucun financement public n’est requis pour l’équipe ou le stade

Et pourtant, les gouvernements bénéficient de :

  • l’impôt sur le revenu
  • la TPS et la TVQ
  • l’augmentation de la valeur foncière
  • les revenus liés au tourisme

Une fois le projet stabilisé, les recettes publiques annuelles sont estimées entre :

  • 200 et 400 millions de dollars par année

Le paradoxe est clair :

L’absence de financement public ne signifie pas l’absence de bénéfices publics.


4. Tourisme et rayonnement international

Montréal est déjà une destination touristique forte. Un quartier sports-culture de calibre mondial amplifierait cet avantage.

Retombées attendues :

  • 300 000 à 500 000 visiteurs additionnels par année
  • Dépenses moyennes par visiteur plus élevées
  • Désaisonnalisation accrue du tourisme

À cela s’ajoutent :

  • les diffusions nationales et internationales de la MLB
  • les matchs des étoiles, séries éliminatoires et événements mondiaux

Il ne s’agit pas seulement d’augmenter le volume touristique, mais d’en améliorer la qualité.


5. Transformation urbaine et valeur foncière

L’impact le plus durable du projet 4C est spatial.

Les projets comparables démontrent :

  • une augmentation de la valeur des terrains de 2 à 4 fois sur 10 à 15 ans
  • la requalification de secteurs sous-utilisés
  • la création de milieux de vie denses, marchables et attractifs

À Montréal, cela représenterait :

  • la plus importante transformation civique depuis Expo 67
  • un repositionnement générationnel de l’usage du territoire

Ce n’est pas une question de gentrification pour elle-même.
C’est une question de densité productive.


6. Pourquoi l’équipe demeure essentielle

Si le quartier est si puissant, pourquoi l’équipe compte-t-elle encore autant ?

Parce que :

  • l’équipe crée un rythme
  • l’équipe crée un récit
  • l’équipe crée l’inévitabilité

Les Expos :

  • ancrent émotionnellement le projet
  • assurent une visibilité mondiale récurrente
  • accélèrent l’ensemble de plusieurs années

L’équipe est l’étincelle.
La ville est le moteur.


7. L’enseignement stratégique

Il ne s’agit pas d’un projet sportif vaniteux.
Ni d’une économie de la nostalgie.
Ni d’un pari.

Il s’agit d’un investissement civique à long terme, dont les bénéfices sont largement partagés :

  • les travailleurs
  • les entreprises locales
  • les gouvernements
  • le rayonnement international de Montréal

Avec les Expos, Montréal accélère vers son prochain chapitre.
Sans eux, la ville avance quand même — mais plus lentement, et avec moins de cohérence.

La vraie question n’est donc pas de savoir si le baseball a sa place à Montréal.

La vraie question est de savoir si Montréal est prête à penser à l’échelle que son talent, sa culture et son histoire méritent.